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Ô l'arnaque !
Par Turluth le Magasinier, aidé de Sylvie Barc


Cinquième jour du mois de l’Araignée

J’étais en train de calligraphier ma six-cent-quatre-vingt-septième étiquette de la journée, et je commençais sérieusement à en avoir assez, quand j’entendis des voix derrière la porte.
Tu es sûr qu’il ne pourra rien lui dire ? Chuchotait l’une d’elle.
- Certain. Ca fait plus de vingt ans qu’il n’a pas prononcé un seul mot, répondit l’autre avec assurance.
Le Grand Mage pénétra alors dans mon antre, dans un froufroutement de robes, suivi par le Premier Maître, son chapeau pointu affaissé mollement sur sa tête, comme d’habitude.
- Ton père se meurt, Turluth, m’asséna le Grand Mage. Nous avons donc
décidé, dans notre grande mansuétude, que tu pouvais profiter de son dernier souffle. Suis-nous.

Hébété, je posai ma plume et me levai. Je suivis comme un automate les deux têtes pensantes de notre Ecole. Couloirs sombres éclairés par des torches perpétuelles, escaliers venteux aux marches traîtresses, lourdes portes de chêne... Nous descendions, encore et encore. Forcément. Ca faisait près de trente ans que mon père occupait l’un des cachots du quatrième sous-sol.

L’étage de ceux qui ne remontent jamais.

J’avais huit ans quand je l’avais vu pour la dernière fois.
Nous nous arrêtâmes enfin devant une sinistre porte de bronze ; le Grand
Mage balbutia un mot de commande, la porte s’ouvrit en silence et il
s’effaça pour me laisser entrer.

Nous t’attendrons ici, grommela-t-il.
- Merci Grand Mage.
- Pas de quoi, il n’en a plus que pour quelques instants.


Une lumière bleue et diffuse me permit d’approcher d’un grabat sur lequel reposait un vieillard. Ses cheveux et sa barbe blanche s’étalaient autour de lui, se répandant même sur le sol. Ses yeux, naguère d’un bleu profond, avaient maintenant la couleur du lait.
Il tourna la tête vers moi et m’examina longuement. Puis il sourit et leva péniblement une main, en signe d’approche.

Turluth, murmura-t-il d’une voix à peine audible, mon fils.
Une larme roula sur ses vieilles joues parcheminées avant de se perdre dans
la broussaille de sa barbe.
Tu ressembles... à ta mère... Tu es... un grand magicien maintenant ?
- Non père, ils n’ont pas voulu que je continue mes études, après... Je suis
Chef Magasinier.
- Hum... ils ont eu peur...
- De quoi ?


Il poussa un soupir, sa main retomba. Je crus que c’était fini mais il ajouta :

dans la bibliothèque... alambic... une niche... tu... trouveras... la réponse.
Puis il ébaucha un dernier sourire en rendant son dernier soupir.


Neuvième jour du mois de l’Araignée

La nuit dernière, j’ai enfin réussi à m’introduire dans la bibliothèque. J’ai trouvé sans peine la niche évoquée par mon père. Elle contenait de nombreux parchemins que j’ai soigneusement ramenés dans ma chambre. Tous de son écriture, nerveuse et ample. Malgré de multiples traces de moisissure, la plupart d’entre eux reste lisible. J’ai hâte d’en prendre connaissance...


Onzième jour du mois de l’Araignée

Ca doit être de mon père que je tiens cette manie de noter toujours les dates... Oui, tous ses documents sont datés et je me suis rendu compte qu’il y avait plus de vingt ans entre le premier et le dernier.
Le dernier, qui date du jour de son emprisonnement... En fait mon père, en sa qualité de bibliothécaire de l’Ecole, a eu accès à de nombreux grimoires qu’il a pu compiler. Y compris à certains gardés depuis des siècles dans une crypte secrète à laquelle il n’aurait pas dû avoir accès...

Les premiers parchemins parlent de l’histoire de notre royaume, mais d’une manière assez différente de celle qu’on nous enseigne.
Notre premier roi, Perlimpinpin, est bien arrivé dans notre royaume - auquel il a donné son nom - il y a environ mille ans. Il était bien accompagné de ses Huit Fils, nos huit premiers Grands Mages, ceux qui ont fondé nos huit Ecoles de magie. Mais si Perlimpinpin est bien le plus Puissant Mage de tous les temps connus, c’est aussi le plus grand escroc de la création !

C’est lui qui a instauré notre Grand Concours Annuel, celui au cours duquel seuls les huit Grands Mages s’affrontent pour savoir qui obtiendra la subvention royale. Mais depuis le début, tout est truqué, tout est bidon !


Treizième jour du mois de l’Araignée

En me relisant, je vois que je me laisse emporter par l’indignation. Je vais reprendre plus calmement. Des Huit Fils de Perlimpinpin, seul le dernier n’était pas un enfant légitime. Et c’était son préféré. Il faut dire qu’apparemment les autres n’étaient pas commodes, comme leur mère qui, si j’en crois les écrits de mon père, avait l’air d’être une véritable mégère.
Donc, quand ils arrivèrent dans notre royaume, celui-ci était encore un monde sauvage et dangereux, peuplé de monstres abominables et d’humanoïdes cruels. Or Perlimpinpin, qui était d’une radinerie inimaginable, n’avait aucune envie d’embaucher des chevaliers pour l’assainir.
Il commença par faire construire à ses Fils une tour de près de quinze étages dont les murs inférieurs mesuraient près de cinq mètres de large. Bien à l’abri de cette tour, il entreprit alors de leur communiquer son savoir. Mais il donnait également des cours particuliers à son plus jeune Fils sous prétexte qu’il avait plus de mal que ses frères...

En fait, il lui transmettait ses véritables secrets. Edifiants !

Lorsqu’il estima qu’ils étaient prêts, il les envoya chercher des novices et construire leurs propres Ecoles. La nôtre date évidemment de cette époque sombre : c’est celle du Huitième Fils.

Une fois les bâtiments construits et les novices formés, Perlimpinpin instaura le fameux Concours. En effet, vous connaissez comme moi les ingrédients nécessaires à la réalisation des sortilèges qui nous ont rendu célèbres dans le monde entier : Oeufs d’Hommes Lézard, Plumes de Griffon, Barbe d’Ogre, Nez de Troll, Langue de Dragon, etc., toutes parties de monstres qui hantaient alors notre pays. Perlimpinpin avait ainsi trouvé le moyen de les éradiquer (pas totalement tout de même, ils pouvaient encore
servir...) sans avoir bourse à délier, et le Concours n’était qu’une
incitation à un tuer un maximum.


Vingtième jour du mois de l’Araignée

Aujourd’hui, je vais en finir avec l’aspect mercantile de notre premier roi. En effet, il vécut bien plus longtemps qu’aucun homme grâce, paraît-il, à un élixir dont il n’a pas transmis le secret.
Quoique... la vie de ses fils et de leur descendants est, quand on y pense, anormalement longue elle aussi...
Perlimpinpin donc vit la sécurité instaurée dans son royaume à peu de frais. Il imagina alors de faire rentrer de l’or dans ses coffres en proposant aux rois voisins de leur envoyer ses magiciens pour les débarrasser de leurs créatures indésirables, moyennnant une somme annuelle fort rondelette. Ceux-ci, reconnaissants, acceptèrent avec joie.

Père pensait que les caves entières du château royal étaient emplies d’or et de pierreries, et il évoque même un texte dans lequel il est dit que c’était la couche préférée de Perlimpinpin. Père, qui savait additionner deux plus deux, a émis la théorie que notre premier roi pourrait avoir une ascendance draconique.


La suite ! la suite ! la suite ! la suite !

Ca y est, elle est là !

ou ça ?
ou ça ?
ou ça ?
ou ça ?



Ici on vous dit ! (et vous ne serez pas déçus)
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