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Ô l'arnaque, la suite !

Troisième jour du mois des Etoiles
J’en arrive maintenant aux découvertes les plus édifiantes de mon père, sans doute elles qui l’on conduit direct au cachot : l’exacte recette de nos ingrédients les plus tilisés et, surtout, les secrets transmis par Perlimpinpin à son Huitième Fils.

L’Herbe qui Chante Traditionnellement, c’est une plante très difficile à se procurer. Elle ne pousse que dans les neiges éternelles et n’apparaît que les soirs de pleine lune, quand la constellation du Chaudron est à l’aplomb exact de l’étoile du Guerrier. Elle doit être coupée avec des ciseaux d’argent, à trois centimètres de sa racine - c’est alors qu’elle chante - et être transportée dans un coffret, lui aussi en argent, empli de glace qui doit être renouvelée toutes les deux heures. Si cet ingrédient n’est pas, d’après les magiciens, le plus délicat à se procurer en fait, c’est assurément le plus compliqué à conserver...
L’enseignement du Huitième Fils sur ce sujet a été bien différent. D’abord, cette Herbe qui Chante se trouve toute l’année dès lors que l’on dépasse une altitude de deux mille mètres. Il n’est absolument pas nécessaire de la conserver dans la glace. Et elle peut tout à fait être remplacée par des feuilles de pissenlit !

Quatrième jour du mois des Etoiles
Les Gouttes de Rosée Mauve Ce sont de véritables Gouttes de Rosée qui doivent être recueillies au petit matin, juste quand les premiers rayons du soleil viennent les caresser et leur conférer cet aspect de perles qui les rend si merveilleuses. Mais elles ne peuvent être récupérées que dans la toile de l’Arachnide Pourpre qui leur donne cette subtile couleur d’améthyste. Et comme chacun le sait, le moindre contact avec les fils soyeux de cette araignée est mortel...
Le Huitième Fils quant à lui a appris que l’eau de n’importe quelle source pouvait faire l’affaire, tant qu’elle était agrémentée d’un peu de jus de grenade.

Les Oeufs d’Homme Lézard Il y a longtemps que plus un Homme Lézard ne vit dans les parages. J’ai entendu des magiciens raconter qu’il fallait maintenant voyager plusieurs mois avant d’en rencontrer. Les Hommes Lézard sont des humanoïdes plutôt sympathiques et placides. Bien sûr, leurs trois mètres de haut sont assez impressionnants paraît-il - je n’en ai quant à moi jamais vu -, leurs coups de queues peuvent assommer un boeuf et leurs griffes déchirer l’acier le mieux trempé. Mais ils n’attaquent généralement pas les humains, préférant toujours une bonne sieste sur un rocher au soleil ou des devinettes dont ils sont très friands. Leur voler leurs oeufs ne pose donc en général pas de problème au magicien prudent qui profite de leur sommeil pour commettre son larcin.
Un oeuf de cane fait aussi bien l’affaire, avait dit Perlimpinpin à son Huitième Fils. Mais j’aime le goût des Oeufs d’Homme Lézard. Et puis ce ne sont que des sous-êtres dont la race doit disparaître.

Sixième jour du mois des Etoiles
Le Grain de Folie C’est un ingrédient à la fois facile et très difficile à trouver. Il ne s’agit en fait que d’une goutte de sang. Mais du sang de quelqu’un qui soit réellement fou. Pas juste un peu dérangé, non, un vrai fou. Et qu’est-ce qu’un vrai fou ? Depuis des centaines d’années, nos magiciens organisent des colloques réguliers pour se concerter sur le problème et aucune réponse ne les a jamais satisfaits. Chacun arrive avec sa propre vision de la folie et repart convaincu que ses collègues ont des analyses aberrantes ou stupides du sujet, en général après force disputes, voire empoignades.
Après tout, une goutte de sang de magicien ferait peut-être l’affaire... Perlimpinpin avait-il de l’humour ? Le Huitième Fils savait, lui, que le nom secret de la vigne est... Follegrappe.

Sixième jour du mois des Etoiles
La Dose de Bonne Humeur La Bonne Humeur, comme chacun sait, est la baie d’un petit arbrisseau nommé Gai Compagnon. Le Gai Compagnon affectionne les clairières bien cachées dans les plus profondes forêts de nos contrées. Mais il ne pousse pas dans toutes ces clairières, seulement celles dans lesquelles se réunissent les lutins lorsqu’ils célèbrent leurs fêtes rituelles. Et évidemment, les lutins étant maîtres dans l’art de la dissimulation, spécialistes de l’embrouillage de pistes et d’esprit et rois de la facétie, il faut parfois des mois aux magiciens pour récolter quelques-unes de ces précieuses baies. Quand ils finissent par en trouver, ils doivent ensuite les faire sécher au soleil jusqu’à dessication complète, sans qu’aucune goutte de pluie ne vienne les rendre impropres à l’utilisation. Puis ils doivent les broyer et les mêler à de la crème fraîche agrémentée de quelques gouttes d’eau de vie.
Perlimpinpin avait bien entendu appris à son Huitième Fils que de l’eau de vie seule faisait aussi bien l’affaire.

Septième jour du mois des Etoiles
Le Sachet de Poudre d’Escampette Moi qui ne suis pas magicien, j’ai toujours cru, comme tout le monde, que la Poudre d’Escampette était une poudre blanche permettant de s’évader du monde réel lorsqu’on la lance dans un rayon de soleil. Qu’à ce moment le rayon doré descend jusqu’à l’utilisateur, formant un escalier qui le conduit ailleurs. Eh bien ce n’est pas du tout ça ! En fait, le terme Poudre d’Escampette est un jeu de mot de magicien. Il s’agit simplement de poudre d’escopette, utilisée dans l’arme du même nom qui crache un feu meurtrier et devant laquelle tout adversaire prend la fuite. Cette Poudre d’Escampette est donc bêtement fabriquée dans les laboratoires d’alchimie.
Il semble que, sur ce sujet au moins, le Huitième Fils a bénéficié du même enseignement que ses frères.

Huitième jour du mois des Etoiles
L’Once de Poussière d’Etoile Afin de se procurer cet ingrédient rarissime, les magiciens s’attachent toujours les services des astronomes les plus compétents. En effet, cette Poussière d’Etoile provient, et cela paraît logique, de météorites, ces étoiles filantes qui nous émerveillent tant et nous permettent de voir nos voeux les plus chers exaucés. Dès qu’une de ces étoiles touche notre monde, les magiciens se livrent à une course éperdue car le premier sur place obtient en général le monopole de cet ingrédient pour une période indéterminée mais qui couvre souvent plusieurs décennies.
Le Huitième Fils, sur les conseils de son père, se contentait la plupart du temps de sable fin.

Neuvième jour du mois des Etoiles
La Teinture de Pépins de Citrouille Pour la fabriquer, il faut naturellement des Pépins de Citrouille. Si cette cucurbitacée envahit sans problème nos potagers, l’autre composant de la Teinture est bien plus problématique. En effet, ce qui donne à la Teinture sa si belle couleur purpurine, c’est d’abord la sève fraîche de la violette d’été, merveilleuse petite fleur au parfum incomparable qui n’apparaît que rarement, et uniquement durant les étés pluvieux des années trisextiles. Il est parfois nécessaire aux magiciens de conserver cette sève fraîche durant des décennies, ce qui paraît totalement antinomique. Mais les Grands Mages savent bien qu’ils ne doivent jamais partir cueillir la violette d’été sans leur micro-pressoir, leur chaudron et une provision conséquente de betteraves, de jeunes grenouilles, d’aiguilles de verre ultra fines et de cheveux de nouveaux-nés. Dès qu’ils ont cueilli quelques violettes, les magiciens doivent, en moins de cinq minutes : en extraire la sève, récupérer une vessie de grenouille encore chaude, l’entailler délicatement, en remplacer le contenu par la sève récupérée, recoudre avec un cheveu de nouveau-né et plonger le tout dans de l’eau de cuisson de betteraves (tiède et non brûlante et qui devra être changée toutes les heures jusqu’à utilisation du produit). Et cette sève fraîche de violette d’été ne peut être mélangée aux Pépins de Citrouille pilés qu’une heure maximum avant l’absorption de la Teinture.
Evidemment, Perlimpinpin avait donné à son Huitième Fils des plants de violette d’été qui peuvent se cultiver toute l’année et servir ainsi au fur et à mesure des besoins.
Mais que lui avait donc fait sa première femme pour que Perlimpinpin s’en venge ainsi sur ses Fils ?

Quinzième jour du mois des Etoiles
J’ai un peu laissé tomber les ingrédients depuis quelques jours. Une question me turlupinait. Puisqu’on ne parle toujours que des Huit Fils de Perlimpinpin, qui donc lui a succédé sur le trône de notre royaume ? J’ai pu compulser de vieux recueils d’histoire à la bibliothèque, sous l’oeil méfiant de son Gardien, et n’ai rien trouvé de réellement satisfaisant. Il apparaît que notre premier roi ne s’est jamais remarié après son arrivée ici. Il n’est nulle part fait mention de maîtresse, de concubine, voire même d’une aventure avec une quelconque servante ou paysanne, toutes choses dont les historiens et les généalogistes sont en général friands. Cependant, un beau matin, Perlimpinpin a présenté à la cour et aux Grands Mages ses Fils une fillette adorable en leur annonçant d’un ton péremptoire : c’est ma fille, votre future reine.
Je parle de fillette alors que je devrais parler de bébé, mais comment qualifier de bébé quelqu’un qui, d’après les mémoires de sa nourrice, pesait déjà près de vingt livres à deux jours, et dont les yeux dorés avaient déjà l’acuité et la malice qui l’on rendue célèbre durant ses siècles de règne.
Un bébé qui n’a jamais pleuré....
La suite de la suite ! La suite de la suite ! La suite de la suite !
Vous êtes pressé de savoir comment de vieux magiciens chenus suivent les pertinents conseils de Perlimpinpinon pour récolter les autres ingrédients de leurs sorts ?
Alors, vous allez être exaucés, la suite est en ligne, ici !
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